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Après le vignoble fait-il peur, le vin ferait-il peur?

Les médias français s’intéressent beaucoup au vin, sans doute parce qu’il est un des fleurons de la culture française et qu’il est une des composantes de notre identité nationale. On y recherche alors une forme de pureté et de virginité transcendée. L’article France Info qui titre « Le vin que vous buvez ne contient pas que du raisin »  en est la plus pure expression. La chaine d’infos a acheté une dizaine de vins de Bordeaux dont quelques bios et naturels et les a fait analyser par un laboratoire reconnu de l’Aude. Après analyse, des résidus chimiques apparaissent, quoi de plus normal quand on sait que l’élaboration d’un vins demande certains « intrants » dont le sulfite utilisé pour la conservation des vins, des « auxiliaires œnologiques » légitimes dont le blanc d’œuf (pour clarifier les vins et éviter qu’il y’ait autant à boire qu’à manger). Mais là où surgit un « léger problème », c’est sur la présence de résidus de pesticides et fongicides dont on sait que certains sont CMR ( cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction). L’analyse de ces bouteilles ne montre aucune non conformité au règlement européen et les doses de ces résidus sont souvent très faibles, voire infinitésimales. Donc aucun problème sanitaire mais la controverse est ailleurs. Elle vient de l’idée du vin que ce fait le consommateur, un produit naturel. Portée par les médias, la vision de ce consommateur est plutôt orientée vers une certaine candeur du vin, en rapport aux raisins, aux vignobles qu’ils l’ont fait naître. Des médias agitent les drapeaux rouges, souvent de façon excessive pour créer « le buzz », et pas forcément de façon rationnelle. Cependant on ne peut ignorer les attentes du consommateur quand il achète un vin et le déguste. Le monde du vin est passé de l’artisanal (avant 1970) à une approche industrielle, profitant des recherches et des meilleures connaissances en œnologie. Mais on continue à utiliser l’image d’Épinal du vigneron « artisan » comme le faisait un grand négociant dans une pub montrant un vigneron à l’accent rocailleux, coiffé d’un béret, vantant les mérites de son breuvage. L’homme du vin a changé ses pratiques, est devenu plus technicien, sans doute plus précis, ouvert aux nouvelles technologies œnologiques pour élaborer un vin parfois plus technique. Or la communication viti-vinicole laisse peu de place à ce changement, jouant sur les codes de l’artisan (qui demeure pour certains). Le public reste sur cette dernière image et on ne peut lui reprocher de s’attendre à déguster un vin naturel issus des bons raisins récoltés avec passion par le vigneron. Au final, la présence d’intrus chimiques lui semblent une forme de trahison entre l’image qu’il se fait du vin et la réalité. La distance que peut prendre le consommateur vis à vis du vin, naît ce cette distorsion. 

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